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NOUVEAU | Compte-rendu : Séminaire État de la collaboration interprofessionnelle dans les GMF estriens

La collaboration interprofessionnelle (CIP) gagne en popularité dans les soins de santé. Au Québec, elle est devenue obligatoire comme mode de fonctionnement à la suite des réformes récentes aux soins primaires, surtout dans les groupes de médecine de famille (GMF), où de nouveaux groupes de professionnels doivent apprendre à travailler ensemble. Si la nécessité et la plus-value de la collaboration interprofessionnelle sont généralement admises, on en sait peu sur les pratiques réelles de la CIP. Ce projet pilote a pour but une meilleure compréhension de la réalité actuelle de la CIP dans 4 GMF estriens. S’appuyant sur une combinaison innovante de méthodes, dont des questionnaires ciblés, l’analyse d’emploi et la filature (shadowing) ethnographique, les résultats du projet décrivent les besoins et les contributions de collaboration de 4 groupes de professionnels (médecins, infirmières, pharmaciens et travailleurs sociaux) ainsi que les manières nuancées par lesquelles ces organisations positionnent le médecin ou le patient au centre de leur collaboration.

Conférenciers : Stéphanie Fox, professeure au Département de communication, Université de Montréal ; Isabelle Gaboury, professeure associée, Département de médecine de famille et de médecine d’urgence, Université de Sherbrooke ; François Chiocchio, professeur agrégé, École de gestion Telfer, Université d’Ottawa ; et Brigitte Vachon, Ph.D., Professeure agrégée, École de réadaptation, Université de Montréal.

Discutant : Ewan Oiry, professeur au Département d'organisation et ressources humaines, ESG, Université du Québec à Montréal.

Date : Jeudi 9 novembre 2017
Horaire : 12h30 à 13h45 (apportez votre lunch)
Lieu :  UQAM, 405 rue Ste-Catherine Est, Pavillon Judith-Jasmin, local J-4435

 

Compte-rendu du séminaire  


Quatre GMF ayant un historique de CIP ont été recruté dans le cadre de cette étude exploratoire. Les objectifs que ce sont donnés les chercheurs dans le cadre de cette recherche :

  • Décrire la situation et les processus perçus de CIP (enquête et analyse d’emploi)
  • Explorer les pratiques communicationnelles qui caractérisent la pratique de collaboration (shadowing/filature). 

Cette recherche n’avait pas l’objectif de faire l’évaluation de la CIP, mais plutôt d’en observer les formes pour mieux les comprendre. 
 

La définition de la CIP sur laquelle s’appuient les chercheurs est celle-ci : « Interaction continue de deux professionnels/disciplines ou plus organisée dans un effort commun pour solutionner les enjeux de santé, avec la participation du patient*.»

Selon la littérature sur le sujet : Qu’est-ce que ça prend pour avoir une bonne CIP ?

  • Une bonne connaissance des rôles
  • Plusieurs occasions de communication
  • La formalisation et présence de champions
  • Une bonne connaissance du contexte de pratique et de la clientèle desservie

Les chercheurs ont basé leur recherche sur un cadre conceptuel intitulé Continuum des pratiques de collaboration interprofessionnelles en santé et services sociaux développé par le groupe de recherche RCPI. Celui-ci présente un continuum qui tente d’expliquer les différences de CIP. Comme Mme Fox le mentionne, ce ne sont pas toutes les situations qui nécessitent le même niveau de collaboration entre les professionnels. En s’intéressant à la situation du patient et de son entourage, ils remarquent que les problèmes moins complexes demandent généralement moins de collaboration, alors que les plus complexes en demandent plus. Ils observent aussi que l’intention de la communication demande moins de collaboration quand il s’agit seulement d’informer le patient et en demande davantage lorsqu’on souhaite échanger de l’information, se concerter sur les objectifs disciplinaires ou partager les décisions et les actions en lien avec un objectif commun.

 

         * Dandasan, 2006; Contandriopoulos, 2015; Goldman, 2010; Legault, 2012; Donnelly, 2013; Sicotte, 2002

 

Quelques résultats qui ressortent de l’enquête et de l’analyse d’emploi

Le travailleur social (TS) fait généralement un peu bande à part relativement aux autres professionnels de la clinique. Il se sent, par exemple, moins impliqué dans les décisions qui portent sur l’organisation de la clinique, mais plus impliqué dans les décisions cliniques, bien que moins que le médecin, l’infirmière et le pharmacien. Il est possible que l’arrivée nouvelle des TS en GMF et le manque de compréhension de son rôle par les autres professionnels soit à l’origine de ces résultats qui auront peut-être déjà changé, explique Mme Gaboury.

L’équipe de recherche s’est intéressée aux différents moyens de communication mis en place  dans les GMF et à leur fréquence d’utilisation. Un constat : dans certaines cliniques, ce ne sont pas les professionnels de toutes les disciplines qui étaient invités aux rencontres multidisciplinaires (rencontres formelles), alors que pour le face-à-face informel, on retrouve une plus grande fréquence pour toutes les professions.

Quant à l’utilisation du dossier patient électronique, on remarque que son implantation (dans 2 des 4 GMF) diffère. Lorsqu’il est accessible par tous, et qu'il peut être annoté par les différents types de professionnels, cela favorise la CIP, alors qu’il existait des cas où il y avait des dossiers différents partagés entre les médecins et les infirmières et alors qu’un autre dossier était partagé entre les autres professionnels, ce qui ne favorise pas la CIP.

Le courriel est beaucoup utilisé par les pharmaciens. Mme Gaboury souligne que les pharmaciens sont ceux qui appliquent le mieux les principes de la CIP.

L’analyse s’intéressait aux besoins attendus des professionnels de la part des autres professionnels et de ce qu’ils font pour combler les besoins de leurs collègues des autres disciplines. Il en résulte un diagnostic de la CIP fondée sur les liens (et manque de liens) entre les besoins et les contributions des professionnels : besoins orphelins, appariements besoins-contributions et contributions solitaires.

Voici quelques constats découlant de cette analyse :

Les médecins pourraient mieux comprendre et mieux expliquer leurs besoins en s’investissant par une écoute active visant à cerner davantage le rôle des autres. Il existe du potentiel pour une collaboration moins axée sur les processus et plus axée sur les besoins des patients.

Pour les infirmières, il serait possible de bonifier leurs capacités à soutenir les médecins par une approche générale davantage axée sur le soutien aux patients, et ce, grâce à des plans d’interventions, des outils cliniques et une meilleure compréhension des services que peuvent offrir les TS.

Pour les pharmaciens, une formalisation des collaborations davantage axées sur les besoins des patients pourraient être possible grâce au développement conjoint d’outils d’aide à la prise de décision.

Pour les TS, une meilleure définition de leur rôle, de concert avec les autres, permettra de formaliser leurs interventions dans les processus et d’avoir une incidence sur les usagers.

 

Quelques éléments qui ressortent des résultats obtenus de l’observation par filature ou shadowing

En ce qui concerne les pratiques de collaboration formalisées, il a été constaté que c’est généralement le médecin qui décide où référer ou avec quel professionnel effectuer un suivi conjoint. Une des observations est qu’il y a parfois une deuxième répartition, généralement dans le cas de problème de santé mentale entre le TS et le psychologue qui constataient que le médecin ne comprenait pas bien leurs rôles.

Quant aux pratiques informelles, elles ont été observées dans les cas suivants : pour se concerter afin de  combler les références écrites, pour comprendre les cas complexes ou peu familiers, pour préparer un autre professionnel à voir le patient ou pour décider ou approuver l’action à prendre.

 

Conclusion

Constats : Il y a une différence entre la croyance en la CIP / l’actualisation de celle-ci.

Valeurs propices à la CIP :

  • L’esprit d’équipe (on met l’emphase sur la collectivité)
  • L’approche axée sur le patient (L’efficacité plutôt que l’efficience)
  • L’écoute (politique de « portes ouvertes », ouverture d’esprit)

La CIP n’est pas un but en soit, elle vise la qualité des soins et services.

 

Éléments abordés à la période d’échange 

Le patient fait partie de la définition de la CIP mentionnée en début de présentation, on se demande alors pourquoi les patients n’ont pas été consultés dans le cadre de la recherche. Des raisons contextuelles particulières (financières et temporelles) à la recherche ont fait qu’il n’a pas été possible d’inclure les patients dans la recherche. Des recherches à venir feront certainement une place à ceux-ci.  

Questions autour de la rationalisation industrielle ou rationalisation professionnelle pour le rôle des pharmaciens et des médecins. L’idéal, selon Mme Gaboury, est peut-être un mélange des deux types de rationalités, c'est-à-dire des processus plus formalisés pour les cas plus simples et une rationalisation professionnelle avec des échanges plus soutenus dans les cas plus complexes.

On se demande pourquoi la collaboration semble plus évidente entre les pharmaciens et les médecins. Parmi les éléments de réponse, on mentionne que les médecins et les pharmaciens sont vraiment ceux qui sont le plus en interdépendance et que la collaboration s’installe lorsqu’on arrive à la frontière des compétences de l’un et de l’autre. Elles ont aussi observé qu’ils partagent  un langage commun.

Dans l’analyse de la récurrence des mots utilisés par les différents professionnels on remarque que chez les infirmières c’est le mot patient qui revient le plus, probablement parce que la culture des soins infirmiers est vraiment axée sur le patient. On pense aussi que si le patient est davantage mentionné par les infirmières, c’est parce que les infirmières sont intégrées aux GMF depuis près de 15 ans et que leur rôle est maintenant très bien défini.

Le leadership collaboratif est abordé. D’après les intervenantes, le leadership ne devrait pas être occupé toujours par le même professionnel, mais plutôt par celui qui a la plus grande part de l’enjeu dans une situation donner, ce qui est différent d’un patient à l’autre et qui peut évoluer dans le temps. Le cadre conceptuelle permet de rendre compte de cet aspect, car il montre qu’il est nécessaire de se déplacer sur le continuum par rapport à la situation du patient.

 

Vous pouvez également assister à l'entièreté de cette communication sur notre chaine YouTube.

 

Consultez aussi les disporamas utilisées dans cette communication.

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