Accueil » Billets scientifiques » Thèmes de recherche » Interventions » Développer et diffuser une intervention » Interventions santé auprès des jeunes : Internet n’est pas une panacée!

Interventions santé auprès des jeunes : Internet n’est pas une panacée!

On assiste en ce moment à une augmentation d’interventions sur Internet visant la promotion de la santé des jeunes.  Le danger potentiel d’une telle pratique consisterait à escamoter la réflexion concernant la portée des interventions et leurs objectifs, car trop aveuglés par l’attrait et l’urgence de participer à cette technologie dont les jeunes sont si friands.

Avant de concevoir une nouvelle intervention en ligne visant la promotion de la santé, il semble pertinent de répondre aux questions suivantes: est-ce que ce site ou ce blogue est susceptible de répondre aux besoins des jeunes? Quelle est sa plus value? Bien que ces questions doivent orienter les premières étapes du développement rigoureux de toute forme d’intervention, elles semblent encore plus importantes dans le contexte d’Internet.  En effet, on y retrouve déjà une panoplie de ressources informatives  susceptibles de poursuivre des objectifs communs et se dédoubler.  Certes, les jeunes sont présents sur Internet,  ils sont motivés à se renseigner sur certains sujets de santé, notamment la sexualité (voir billet sexualité et jeunes), mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils consulteront avidement un site ou un blogue spécialisé en promotion de l’activité physique, de la santé mentale ou de saine alimentation.

Les courtes capsules scénarisées tablant sur le sens critique et de l’humour (voir billet Meatrix) en circulation sur les  médias sociaux   (Facebook , YouTube ) représentent des avenues prometteuses pour sensibiliser les jeunes à des thèmes de santé.  Ces  interventions sont intéressantes, car elles sont créatives, les jeunes sont libres de les faire circuler et elles misent sur l’influence du groupe de pairs, une variable associée à l’efficacité des interventions promotionnelles. (Voir le résumé de l'une des  recherches de Winnifred R. Louis sur l'effet du groupe en promotion de la santé).

Ceci étant dit, bien qu’il semble pertinent d’implanter des interventions santé dans les médias sociaux, ne serait-ce que pour faire contrepoids à certaines publicités trompeuses (régimes et médicaments miracles) qu’on peut retrouver sur des sites très fréquentés comme Facebook , il ne faudrait pas bombarder les jeunes de « messages », même s’ils sont bien intentionnés et plutôt divertissants.  Un matraquage santé pourrait générer l'effet inverse de ce qui est recherché et envoyer implicitement aux jeunes, tout particulièrement aux adolescents,  le message qu’ils ne sont pas en mesure de décider par eux-mêmes de ce qui est bon pour eux.

À propos Judith Gaudet

Elle est formée en psychologie communautaire, elle participe au blogue Internet et santé.  Consultante en développement et en évaluation de projets dans le secteur de la télévision jeunesse, de la santé et des services sociaux.  Judith s’intéresse particulièrement à la promotion du bien-être des jeunes et de leurs familles.  Elle est professeure associée au département de communication sociale et publique et membre du groupe de recherche Médias et santé (GRMS) de l’Université du Québec à Montréal. Articles de Judith Gaudet - Page personnelle de Judith Gaudet

11 plusieurs commentaires

  1. Excellente réflexion sur les pratiques de promotion via les médias sociaux! Je suis de ton avis qu’il faut prendre le temps de réfléchir à l’approche avant de se lancer dans l’aventure des médias sociaux. Le « buzz » entourant Facebook, Twitter et compagnie ne devrait pas « primer » sur l’approche. La question qu’il faut se poser n’est pas de savoir si un organisme ayant à cœur la santé de nos jeunes doit être ou non visible via les médias sociaux, mais plutôt de quelle manière?

  2. C’est une très bonne réflexion! S’insérer sur Internet et sur les médias sociaux afin de rejoindre la jeune communauté représente une étape du processus d’intervention en ligne… Néanmoins, avant d’entreprendre celle-ci, il est important de faire le point sur le pourquoi et le comment.

    De plus, n’oublions pas que les jeunes aiment participer sur Internet et apprécient les interventions originales, mais surtout, ils adorent (et captent plus d’information) en vivant une expérience!

  3. Merci pour le commentaire!

  4. Merci pour le bon commentaire. Avez-vous des idées sur comment “faire vivre une expérience” aux jeunes en contexte de promotion de la santé?

  5. C’est pas parce que c’est nouveau que c’est bon, sauf pour ceux qui en bénéficient $$$. L’intervention dans les médias sociaux doit forcément passer par le même processus de réflexion que toute autre forme d’initiative visant la promotion de la santé. Un très bon billet Judith, je trouve personnellement que les analyses se rapportant aux usages des jeunes sur Internet manquent de profondeur. D’ailleurs, le concept de génération “C”: “génération CEFRIO” :-)m’apparaît être déconnecté de l’ensemble de la réalité sociologique des jeunes.

  6. Pour répondre à la question “comment faire vivre une expérience aux jeunes dans un contexte de promotion de la santé?”, je crois qu’il faut tenter d’utiliser les outils interactifs virtuels et les combiner à une activité réelle, dans la cadre d’un projet d’intervention. Par exemple, les jeunes pourraient être invités à visionner une vidéo Youtube qui proposent des exercices physiques à répéter simultanément dans son salon. Je fais également un clin d’oeil au défi Pierre lavoie qui invite les jeunes à bouger à l’école et qui utilise Internet comme plate-forme rassemblant les participants au défi.

  7. La question au sujet de l’autodétermination des jeunes sur les choix concernant leur santé et leur bien-être est intéressante.

    Par contre, je ne crois pas que la communication sociale en promotion de la santé soit un réel contre-poids au marketing agroalimentaire.

    S’ils peuvent utiliser les mêmes moyens pour entrer en contact avec les jeunes, ils ne jouent pas sur les mêmes motivations. J’ai l’impression que les jeunes savent faire la part des choses entre ces deux types de messages.

    La question n’est pas tant de savoir avec quel dosage il faut utiliser les médias sociaux, mais de quelle manière est-ce pertinent et utile sur le plan du bien-être des usagers des médias sociaux, qui ne sont pas que des jeunes, mais aussi des jeunes adultes…

  8. Merci pour ce commentaire fort pertinent! En effet, les messages de pub sur les régimes vs ceux visant la promotion de la santé ne jouent pas sur les mêmes motivations et très certainement, les jeunes peuvent distinguer les deux types de messages (notamment les adolescents). Ceci étant dit, il ne me semble pas complètement dénudé d’intérêt et de pertinence d’informer les jeunes (et les moins jeunes) sur les effets possibles des régimes miracles, (souvent annoncés sur Facebook) afin que tous puissent faire des choix éclairés. Qu’en pensez-vous?

  9. Merci pour ce commentaire intéressant. Je suis intriguée par la critique concernant la génération “C” et son caractère déconnecté de l’ensemble de la réalité sociologique. Pouvez-vous développer?

  10. @Judith. C’est plus de la jalousie que de la critique , je suis de la génération “J” ; j’offre un kit de formation complet sur l’intégration harmonieuse des “J” à une organisation pour pas trop cher. Sans blague, je trouve que les données du CEFRIO sont très utiles. Est-ce que ces données permettent par ailleurs d’observer que les 18-24 se distinguent par le fait qu’ils créent, collaborent et communiquent davantage ? Si on réduit le terme communiquer (il y plusieurs façon d’envisager la communication) aux signaux échangés par des individus, en incluant les échanges verbaux, les 18-24 ont du pain sur la planche :-), La communication n’est pas seulement une affaire de TIC… Ils créent… Les données permettent d’appuyer qu’ils créent davantage ? Vraiment ? Peut-on conclure de telles choses avec des sondages qui portent sur l’utilisation d’Internet ? Il m’apparaît qu’un corpus d’informations et un cadre d’analyse plus large sont nécessaires. Collaborent ? C’est une bonne nouvelle 🙂

  1. Pingback: Tweets that mention Interventions santé auprès des jeunes : Internet n’est pas une panacée! | Blogue Internet et santé – GRMS – ASPQ -- Topsy.com

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*