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Le groupe focus en ligne pour la recherche auprès d’enfants vivant avec des maladies chroniques

Le groupe focus en ligne présente plusieurs spécificités et notamment des avantages (coûts moindres, possibilité de rejoindre des patients éloignés ou ayant un emploi du temps chargé, participation plus égalitaire) qui ont déjà été abordés sur ce portail. Une équipe canadienne (Nicholas et al., 2010) s’est intéressée à comparer les données recueillies par groupe focus en face à face et en ligne  (groupes asynchrones) auprès d’enfants de 8 à 13 ans souffrant de fibrose kystique, de paralysie cérébrale et de spina bifida.

Les auteurs mettent en évidence différents avantages et limites propres à chaque méthode. De manière générale, le volume d’informations produit dans les groupes en face à face était plus important que dans les groupes en ligne, mais incluait plus de discussions sur des thèmes parallèles, témoignant de la plus grande efficacité du groupe en ligne pour cerner le thème à l’étude. Les réponses étaient toutefois moins élaborées en ligne, les enfants s’intéressant notamment moins à cerner la perspective de leurs pairs. Enfin, contrairement à ce qui est noté dans d’autres études, la participation n’était pas plus égalitaire en ligne, certains enfants dominant l’espace d’échange dans les deux contextes.

Rencontrés par la suite en entrevues individuelles, les enfants ayant participé aux groupes en face à face semblaient plus satisfaits. Ils avaient apprécié la présence de leurs pairs, soulignant que le contexte en face à face facilitait l’immédiateté de la communication et les interactions, ainsi qu’il favorisait l’expression des sentiments et des émotions.

Ceux qui avaient expérimenté les groupes focus en ligne semblaient moins satisfaits de la qualité des échanges. Certains avaient toutefois apprécié leur caractère plus anonyme permettant plus de transparence et d’honnêteté.

Ces résultats montrent que les groupes focus en ligne, bien que présentant des limites, constituent une alternative intéressante pour la recherche en santé impliquant des enfants vivant avec des maladies chroniques (voir aussi Tates et al., 2009), qui sont généralement assez difficiles à rejoindre du fait des contraintes liées à la maladie. Il serait toutefois nécessaire, soulignent les auteurs, d’envisager des moyens d’améliorer l’expérience du groupe focus en ligne sur le plan relationnel, par exemple, en travaillant à développer les connexions entre les membres dès le début du groupe. La richesse des interactions et la dynamique de groupe constituent en effet des éléments de la méthode du groupe focus qu’il importe de préserver.

Nicholas,D.B.,  Lach,L.,  King,G., Scott, M., Boydell, K., Sawatzky, B.J., Resiman, J., Schippel, E., Young, N. L. (2010). «Contrasting Internet and Face-to-Face Focus Groups for Children with Chronic Health Conditions: Outcomes and Participant Experiences», International Journal of Qualitative Methods, 9(1).

Tates, K., Zwaanswijk, M., Otten, R., van Dulmen, S., Hoogerbrugge, P.M, Kamps, W.A., Bensing, J. M., «Online focus groups as a tool to collect data in hard-to-include populations: examples from paediatric oncology», BMC Medical Research Methodology 2009, 9:15.

À propos Christine Thoër

Christine Thoër est professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Centre de recherche sur la communication et la santé (ComSanté). Elle travaille sur les usages d’Internet par la population et les soignants, les transformations de la communication soignant-soigné et les interventions en ligne de prévention/promotion de la santé.

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