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Traiter un trouble d’anxiété sociale via Internet : efficace à long terme ?

La thérapie cognitivo-comportementale en ligne serait une avenue intéressante pour traiter le trouble d’anxiété sociale dans la mesure où les effets positifs se maintiendraient à long terme (au moins cinq ans). C’est du moins le constat d’un groupe de chercheurs qui ont évalué cette méthode de traitement [1].

Parmi les 342 personnes qui se sont portées volontaires pour participer à l’étude, seules 80 d’entre elles ont été retenues à l’aide de différents critères de sélection. Les participants devaient avoir un diagnostic principal de trouble d’anxiété sociale basé sur le DSM-IV, ne pas suivre d’autre traitement psychologique en même temps que le traitement offert, maintenir stable la posologie de leur médication contre l’anxiété et la dépression, le cas échéant, être âgé d’au moins 18 ans, avoir accès à Internet et ne pas présenter un autre trouble de santé mentale sérieux. Les participants ont été évalués à l’aide d’une entrevue clinique par téléphone menée par un clinicien d’expérience, ainsi que par le biais de plusieurs tests standardisés permettant de mesurer le trouble d’anxiété sociale et ses impacts dans la vie quotidienne.

Modalités d’intervention

Suite à la sélection des participants, ceux-ci ont été divisés en deux groupes. Le premier a suivi le traitement cognitivo-comportemental sur Internet dès le début, alors que le deuxième l’a commencé un an plus tard.

Le principal moyen d’intervention consistait en 9 modules de textes (un par semaine) traitant chacun d’un thème spécifique lié à l’intervention cognitivo-comportementale ou au trouble d’anxiété sociale et incluant chacun des exercices à faire. Après avoir lu les textes et effectué l’exercice associé, les participants faisaient un retour avec leur thérapeute par un système de messagerie en ligne. En plus d’avoir accès à un thérapeute tout au long de l’intervention (pour un suivi des progrès et un retour sur les exercices), les participants pouvaient aussi participer à un forum en ligne pour discuter avec les autres participants de façon anonyme.

Évaluation de l’efficacité de l’intervention

Des mesures concernant les symptômes du trouble d’anxiété sociale et leurs impacts ont été prises à quatre reprises : avant l’intervention, après l’intervention, un an et cinq ans après l’intervention. Par ailleurs, les participants ont aussi été interrogés sur l’efficacité perçue du traitement sur leurs symptômes.

Globalement, les résultats montrent que même si les effets sont modestes tout de suite après le traitement dans les deux groupes, les participants rapportent des améliorations plus importantes de la qualité de vie, des symptômes d’anxiété sociale, de dépression et d’anxiété générale lors du suivi à court terme (un an). Ces effets se maintiennent à plus long terme (cinq ans).  Il importe de noter que, lors du suivi à long terme, quelques participants avaient reçu une autre forme d’aide psychologique ou avaient été médicamentés pour traiter leur trouble d’anxiété sociale. Cependant, selon les participants, la réduction de l’anxiété sociale serait largement attribuable au traitement cognitivo-comportemental reçu en ligne.

Avantages du traitement cognitivo-comportemental de l’anxiété sociale par le bais d’Internet

Bien que l’étude d’Hedman et al. (2011) présente quelques limites, il n’en demeure pas moins que l’intervention proposée a permis une amélioration notable de l’anxiété sociale chez les  participants de l’étude. Ainsi, 48% d’entre eux ne présentaient plus les critères diagnostiques de ce trouble de santé mentale lors du suivi à long terme. L’amélioration des symptômes serait comparable aux résultats d’autres études ayant évalué l’intervention cognitivo-comportementale classique pour traiter l’anxiété sociale. Par contre, ce type de traitement en ligne pourrait permettre une meilleure gestion des ressources existantes si on la compare à un suivi en face à face, et ce, à plusieurs niveaux : moindre coût, disponibilité des thérapeutes en fonction des besoins de chacun, plus de cliniciens disponibles pour les traitements. La thérapie cognitivo-comportementale en ligne serait aussi intéressante pour les participants puisque ceux-ci pourraient facilement sauvegarder les outils d’intervention proposés et donc les réutiliser bien après la fin du traitement, en cas de besoin. Pour finir, les résultats de l’étude, soutenus par d’autres recherches, suggèrent que même en ligne, il est possible de développer une relation de confiance avec le thérapeute.

À propos Farah Jamal

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