
Si différentes études soulignent que les patients sont nombreux à rechercher de l’information relative à la santé sur Internet, la façon dont ils utilisent cette information et surtout la présentent au médecin reste encore peu documentée. Des chercheurs britanniques se sont intéressés à cerner comment et pourquoi les patients rapportent à leur omnipraticien ce qu’ils ont lu en ligne.
Cette étude qualitative de Bowes et al (2012)[1] a été réalisée auprès d’un échantillon diversifié[2] de 26 patients ayant rapporté de l’information recueillie en ligne à leur médecin, ce qui constitue un certain biais puisque tous les patients ne mentionnent pas forcément leur démarche de peur de contrarier le soignant. Tous ne recherchent pas non plus de l’information sur la santé sur Internet[3].
Les résultats confirment ceux d’autres études. Les patients interrogés considéraient qu’Internet permet un accès rapide et en tout temps à de l’information actualisée sur la santé et la maladie. Ils avaient recours à Internet avant tout pour évaluer la gravité de leur problématique de santé et la nécessité de consulter un soignant[4].
Jouer un rôle actif pour maximiser la productivité de la consultation
Dans le cadre de la consultation, l’une des principales motivations à mentionner l’information trouvée en ligne au médecin était pour les patients, de maximiser les bénéfices de la consultation. Les patients interrogés considéraient en effet que rechercher d’information sur Internet peut faciliter la communication avec le médecin et accélérer le processus de soins.
Les patients jugeaient que la présentation de leur démarche de recherche d’information témoignait de leur implication et permettait d’assoir leur crédibilité (il faut s’affirmer comme un patient sérieux). Elle renforçait la légitimité de leur quête de soins (il ne faut pas déranger le médecin pour rien). Certains patients visaient aussi à se positionner comme partenaires du processus de soins, et l’information trouvée en ligne semblait les aider à y participer de manière plus éclairée (il faut poser les bonnes questions).
Enfin, pour la majorité des patients, c’est l’opinion professionnelle sur l’information recueillie en ligne qui était recherchée, le médecin restant largement investi de leur confiance. Ils considèraient toutefois que les médecins généralistes n’ont pas forcément le temps de se tenir à jour dans tous les domaines, notamment concernant les nouvelles thérapies. Leur démarche de recherche d’informations avait ainsi pour objectif d’aider le médecin dans son travail. En présentant l’information trouvée en ligne, l’objectif n’était pas de confronter le soignant, mais d’avoir son opinion.
Dire ce qu’on a lu en ligne : une expérience qui n’est pas sans risque
Si les motivations des patients montrent bien qu’ils ne remettent pas en question l’expertise du médecin, partager l’information recueillie en ligne avec celui-ci n’est pas toujours facile et suscite des réactions variées de la part des soignants. Les patients rencontrés rapportaient d’ailleurs leur souci de ménager le médecin et usaient de différentes stratégies pour amener l’information trouvée sur Internet dans la conversation (ne la mentionnant pas dès le début de la consultation par exemple). Tous semblaient ainsi très préoccupés par la façon dont le médecin recevait l’information présentée et se montraient très attentifs au langage non verbal de celui-ci.
L’expérience était jugée positive si le médecin tenait compte de l’information que le patient avait trouvée en ligne et la commentait, même si c’était pour la réfuter de manière argumentée ou dire qu’il avait besoin de faire une recherche de son côté avant de se prononcer. Le patient se sentait alors vraiment pris en charge et valorisé et la relation de confiance s’en trouvait renforcée.
À l’inverse, si l’information présentée par le patient était ignorée, la relation de confiance se trouvait menacée. Le patient ne dévoilait plus l’information trouvée en ligne à son médecin qui n’avait donc plus l’opportunité de la clarifier ni de réduire les craintes qu’elle avait pu susciter. Certains des patients ayant vécu ce type d’expérience avaient d’ailleurs décidé de rechercher une seconde opinion.
Quelques commentaires sur cette étude très intéressante :
1) Ce n’est pas le fait que les patients recherchent de l’information sur Internet qui menace la relation de confiance, mais le fait que les médecins ignorent leur démarche.
2) En reconnaissant les efforts du patient qui recherche de l’information en ligne, le médecin encourage celui-ci à jouer un rôle actif dans le processus de soins.
3) Les patients comprennent que l’information santé est évolutive et sont tout à fait à l’aise avec l’idée que leur omnipraticien ne soit pas au courant des derniers traitements. Par contre, ils apprécient que celui-ci puisse les aider à évaluer l’information trouvée en ligne. La disponibilité croissante de l’information médicale sur Internet a donc pour effet de transformer le rôle des protagonistes de la relation de soins. Le médecin n’est plus le seul accès à l’information médicale, mais il est toujours un médiateur important de cette information.
4) Dans un contexte où de plus en plus de patients vont rechercher de l’information en ligne, il serait intéressant d’envisager l’organisation des soins de santé dans cette optique et de s’appuyer sur Internet pour favoriser la communication médecin/patient et le passage vers un modèle de relation favorisant la décision partagée. C’est l’orientation qu’affiche le National Health Service britannique depuis quelques années[5] tandis que le Québec progresse doucement vers la numérisation du dossier patient, un dossier au sein duquel le patient reste encore largement absent.
Références:
[5] Department of Health (2010). Equity and excellence:liberating the NHS. London, Department of Health. http://www.dh.gov.uk/prod_consum_dh/groups/dh_digitalassets/@dh/@en/@ps/documents/digitalasset/dh_117794.pdf
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé
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