Ricardo Muñoz, un chercheur d’origine péruvienne du Département de psychiatrie de l’université de Californie[1], souligne l’importance de développer des interventions en ligne qui permettent de lutter contre les inégalités dans l’accès aux soins de santé dans le monde. L’auteur, qui s’appuie sur plusieurs programmes de cessation tabagique en ligne, qu’il a contribué à mettre en place et/ou évaluer, propose une typologie des interventions en ligne et identifie leurs forces et faiblesses.
L’auteur s’est intéressé aux interventions en ligne parce qu’elles permettent de favoriser un plus grand accès des individus aux soins de santé. Pour de nombreuses personnes, l’accès aux ressources médicales est encore limité pour plusieurs raisons : situation géographique, moyens financiers, langue, etc.
S’appuyant sur son expérience des programmes en cessation tabagique, l’auteur met en évidence différents niveaux d’intervention sur Internet, qui varient en termes de coûts et de ressources :
- Niveau I : interventions auto-administrées automatisées (par exemple : envoyer des messages éducatifs individualisés aux usagers)
- Niveau II : interventions guidées par Internet (messages et appels téléphoniques plus individualisés qui s’ajoutent aux modalités d’intervention du niveau I)
- Niveau III : interventions par Internet pour compléter les soins existants
- Niveau IV : interventions par Internet qui se substituent aux soins, lorsque ceux-ci ne peuvent être fournis (par exemple, si le patient ne parle pas la langue)
- Niveau V : intervention proactive par Internet : aller recruter, dans la communauté, des usagers qui ont besoin de soins afin de leur proposer ce type d’intervention avant d’aller dans un centre de santé.
L’auteur identifie plusieurs situations ou populations pour lesquelles ce type d’intervention peut être utile :
- Lorsqu’il n’y a pas d’autre type d’intervention disponible
- Lorsque le patient est sur une liste d’attente pour recevoir un traitement
- Comme complément d’intervention à la médication
- Comme méthode de maintien des acquis suite au traitement
- Pour les patients qui n’ont pas la possibilité d’accéder à des centres de santé à cause de la distance, de difficultés physiques, par manque de temps ou de moyens
- Pour les patients qui ont peur d’être stigmatisés s’ils se rendent à des cliniques de santé mentale
- Pour les patients qui n’ont pas accès à des soins de santé dans leur langue
- Pour faire de la prévention et non seulement intervenir au niveau curatif dans des contextes où les efforts en matière de prévention sont encore limités.
Selon l’auteur, les interventions en ligne présentent plusieurs avantages :
- Elles peuvent être évaluées empiriquement, standardisées, diffusées largement en autant que les utilisateurs aient suffisamment de moyens pour accéder à Internet.
- Elles peuvent être déclinées dans différents milieux si elles sont diffusées dans la langue de l’usager et adaptées à sa culture.
- À ce titre, les interventions en ligne peuvent être utilisées par plusieurs usagers en même temps, au moment qui leur convient le mieux.
- Si le développement, la mise en place et l’évaluation des programmes sont souvent coûteux, le maintien des interventions en ligne demande moins de ressources et le coût d’intervention par usager diminue avec l’augmentation des utilisateurs.
L’auteur identifie toutefois plusieurs enjeux associés au développement d’interventions en ligne notamment les difficultés à trouver des moyens de les financer dans un contexte de restrictions budgétaires (les partenariats mis en place pour le financement ne devant pas influencer la crédibilité des interventions). Il souligne aussi l’importance de rassurer les organismes et les individus qui souhaitent utiliser les interventions en ligne et suggère pour ce faire, qu’un organisme international crédible (par exemple l’Organisation Mondiale de la Santé) centralise sur un site, une liste des différents programmes existants, présentant des informations sur leurs caractéristiques et leur efficacité.
Il serait à ce titre particulièrement utile de mettre en place une base pour présenter les interventions en ligne développées au Québec, celles-ci pouvant servir de source d’inspiration pour les acteurs qui en développent[2]. Il serait également nécessaire de procéder à une évaluation de ces interventions en ligne car elles restent encore peu documentées et de les rendre accessibles ces données. Un projet de recherche fort intéressant !
Références
[2] Voir à ce titre, le passionnant rapport de Schein et al. (2010) qui font une revue de la littérature des interventions utilisant les médias sociaux (http://www.peelregion.ca/health/resources/pdf/socialmedia.pdf) . Le rapport ne se limite pas aux interventions de promotion de la santé.
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé