Une étude réalisée dans une université américaine souligne les impacts positifs d’une intervention en ligne visant à réduire la consommation d’alcool des étudiants.
Les auteurs (Wodarski et collègues)[1], rapportent que l’abus d’alcool (défini ici comme le fait de consommer cinq boissons alcoolisées ou plus au cours d’une même occasion) est un problème fréquent dans plusieurs universités américaines, notamment auprès des jeunes adultes de moins de 21 ans, qui ne sont légalement pas autorisés à consommer de l’alcool aux États-Unis. La consommation abusive d’alcool était particulièrement problématique chez les étudiants de l’Université de Tennessee il y a quelques années, des conséquences graves ayant été rapportées, entre autres : problèmes avec les forces de l’ordre, conduite en état d’ébriété, vandalisme, abus sexuels, dépendance, et idéations suicidaires.
Cette situation décida l’Université à implanter un programme d’intervention en ligne sur son campus avec le soutien financier du The substance abuse and mental health services administration et du Center for Substance abuse treatment. Conçu à l’origine pour les étudiants de 1re année, le programme a finalement été proposé aux étudiants de divers niveaux, et en près de trois ans, plus de 54 000 étudiants de l’Université l’avaient complété.
Description du programme
Un courriel contenant un lien vers le site Internet de l’intervention était envoyé à l’adresse institutionnelle des étudiants qui pouvaient y accéder directement et y participer de manière volontaire et confidentielle. Plusieurs modalités d’intervention étaient utilisées. Les participants commençaient par une évaluation standardisée de leur consommation individuelle d’alcool. En fonction du score obtenu, une intervention brève leur était proposée en ligne, dans le but de prévenir ou de diminuer la consommation abusive d’alcool. Les composantes de cette intervention étaient adaptées au niveau de consommation du participant (pas de consommation, consommation occasionnelle, consommation excessive, et dépendance à l’alcool). Des informations sur la consommation d’alcool sur le campus, sur ses conséquences, sur l’influence des pairs dans la consommation pouvaient être proposées aux étudiants et comparées aux résultats de leur évaluation. Ceux-ci pouvaient également participer à la mise en place d’un programme de réduction de leur consommation et identifier les moments où ils étaient le plus à risque de « rechute ». Des ressources disponibles en ligne ou à l’Université étaient ensuite proposées, et en cas d’abus ou de dépendance, on recommandait aux participants de consulter un professionnel ou de se rendre dans un centre d’aide à l’abstinence.
Selon les auteurs, les impacts du programme auraient été positifs puisqu’il aurait permis une modification dans les connaissances et les comportements des étudiants en ce qui a trait à la consommation d’alcool. À la fin de l’implantation du programme, le nombre d’étudiants à rapporter consommer cinq boissons alcoolisées ou plus lors d’une même occasion avait diminué de 27 %. Les auteurs rapportent aussi, chez les étudiants du campus, une diminution de 44 % (par rapport au moment de l’implantation) dans la fréquence des abus d’alcool (avoir abusé de l’alcool trois fois ou plus en deux semaines). Ces résultats basés sur les données autorapportées des participants ont été confirmés par une étude indépendante du Service aux étudiants de l’Université du Tennessee réalisée auprès de 5000 étudiants sélectionnés aléatoirement. De plus, le département de police de l’Université rapportait également que le nombre de jeunes de 18 à 20 ans qui consommaient de manière illégale aurait diminué de 384 en l’espace de trois ans.
Les auteurs de cet article concluent que cette méthode d’intervention a la capacité de rejoindre les individus d’un campus universitaire entier et d’avoir des impacts positifs. Les étudiants seraient plus disposés à se prêter à l’intervention depuis leur ordinateur (au moment qui leur convient et lorsqu’ils y sont disposés) appréciant la confidentialité d’une telle intervention. Il serait toutefois, dans une perspective écologique, d’arrimer cette intervention avec des actions au niveau de l’environnement. La collaboration des bars et des restaurants pourrait ainsi être un plus : diminuer les spéciaux sur l’alcool et sensibiliser les commerçants sur l’impact de l’abus d’alcool sur les jeunes, surtout les mineurs, semblent être des avenues à envisager pour compléter les interventions en ligne en ce qui a trait à l’abus d’alcool.
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé
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