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Quand le savoir du patient n’est pas si éloigné de celui du soignant…

181409050Les connaissances des patients relatives à la santé sont généralement considérées comme confrontant le savoir des soignants. Le savoir clinique est ainsi présenté comme un savoir scientifique, s’appuyant sur des données probantes alors que le savoir du patient, souvent qualifié de «savoir profane» serait constitué de croyances populaires sur la santé et la maladie et truffé de « fausses croyances » que le médecin aurait pour mission de corriger dans le cadre de la consultation médicale.

 

Pols, (2014)[1] a au contraire constaté, suite à une étude de cas réalisée auprès d’individus vivant avec des maladies pulmonaires, que le savoir des patients n’est pas si éloigné du savoir clinique et plus largement du savoir biomédical. Cela s’explique, entre autres, par le fait qu’au travers du processus de soins, de la prise en charge de la maladie et de la consultation que peuvent faire les patients d’informations relatives à la santé dans les médias (et notamment sur Internet où le savoir biomédical est dominant), ceux-ci sont très souvent en contact avec le savoir biomédical. Celui-ci constituerait d’ailleurs, selon l’auteure, une référence majeure à partir de laquelle les patients interprètent leur expérience de la maladie et des traitements. Le savoir que construit le patient autour de sa maladie serait ainsi pour les individus, notamment ceux qui vivent avec des maladies chroniques, une façon de s’approprier le savoir biomédical et de l’utiliser dans leur vie quotidienne. Aussi, insiste-t-elle sur l’importance de ne pas opposer systématiquement le savoir du médecin à celui du patient, celui de l’expert à celui du profane, puisque l’expertise n’est sans doute pas uniquement du côté du médecin.

Toutefois, le savoir profane se distingue aussi du savoir médical parce qu’il s’appuie sur différentes sources d’information sur la santé et en particulier sur le décodage de l’expérience corporelle de la maladie et des traitements. Avec Internet, cette expérience n’est plus seulement celle du patient, puisque ce dernier peut grâce aux espaces d’échange en ligne, confronter la lecture qu’il fait de ses expériences corporelles à celles d’autres patients, à qui il peut transférer les connaissances qu’il a développées. Celles-ci présentent de plus la spécificité de constituer un savoir pratique, ancré dans le quotidien, qui peut directement être mis à profit pour interpréter les expériences corporelles ou les améliorer, ce qui n’est pas toujours le cas du savoir biomédical dont l’appropriation est souvent plus difficile pour le patient.

Selon Pols, il serait donc intéressant de mieux documenter ces « traductions » qu’opère le patient à partir du savoir biomédical afin de mieux cerner d’une part, ce qu’il sait, et d’autre part, la façon dont se construit cette connaissance. Il serait également intéressant de réfléchir aux moyens qui peuvent être utilisés pour diffuser ces connaissances pratiques à d’autres patients qui n’ont pas nécessairement accès à Internet.

 

En lisant cet article passionnant, il me semblait qu’il serait également intéressant d’adopter le même type de questionnements pour le savoir clinique qui ne recoupe pas non plus le savoir biomédical, même si la pratique clinique s’inscrit désormais dans un contexte où l’accent est mis sur l’adoption de « bonnes pratiques » s’appuyant sur des données probantes. Que savent les cliniciens et comment se construit le savoir clinique qui constitue aussi un savoir pratique?

 

Référence:

 

[1] Jeannette Pols (2014).Knowing Patients: Turning Patient Knowledge into Science, Science, Technology, & Human Values, 39(1) 73-97

http://sth.sagepub.com/content/39/1/73.full.pdf+html

 

À propos Christine Thoër

Christine Thoër est professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Centre de recherche sur la communication et la santé (ComSanté). Elle travaille sur les usages d’Internet par la population et les soignants, les transformations de la communication soignant-soigné et les interventions en ligne de prévention/promotion de la santé.

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