Des chercheurs[1] ont récemment analysé les tweets publics portant sur l’Adderral, un médicament fréquemment prescrit pour soigner le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). L’objectif de l’étude : identifier les variations du nombre de tweets dans le temps et selon les régions étudiées, et répertorier les effets secondaires rapportés et les substances prises en plus de l’Adderall par les utilisateurs de Twitter.
Analyser le contenu des tweets portant sur l’Adderall
Les auteurs ont constitué un corpus de 213 633 tweets contenant le mot « Adderall » publiés entre novembre 2011 et mai 2012 à proximité d’universités américaines. Ceux-ci provenaient de 132 099 utilisateurs uniques que les chercheurs supposent, mais sans en être certains, être pour la plupart desétudiants compte tenu de leur proximité géographique avec diverses universités au moment de la publication des tweets. Certains des utilisateurs (2335) avaient en effet spécifiquement autorisé la publication de leur localisation précise et utilisaient dans leurs tweets des termes reliés aux préoccupations des étudiants tels que « devoirs », « professeur », ou encore « examen ». Lorsqu’utilisé à des fins non médicales par des étudiants, le recours à « Adderall » vise habituellement à augmenter les capacités d’attention et la productivité dans un contexte de pression académique[2].
Des pics de publications qui correspondent aux périodes d’étude et d’examen
Les résultats font état d’un pic de publications sur Twitter le mercredi, avec une diminution les fins de semaine. De plus, les chercheurs soulignent deux pics principaux au cours des 6 mois qu’a duré l’étude : en décembre et en mai, soit durant les périodes habituellement réservées aux examens finaux. Les tweets portant sur l’Adderall sont moins fréquents pendant la période de Noël ainsi qu’à la fin mai, à une exception près, soit un pic les 30 et 31 mai, qui serait, selon les auteurs, attribuables à un avertissement provenant de l’organisme américain réglementant les aliments et les médicaments (US Food and Drug Administration) et à l’effet qu’il y aurait des informations circulant sur les contrefaçons vendues sur Internet et pouvant être nocives pour la santé. On constate par ailleurs un plus grand nombre de tweets portant sur le sujet dans le nord-Est et le Sud des États-Unis, sans doute parce que l’utilisation de stimulants dans un cadre non médical y serait plus élevée dans les fraternités universitaires qui, selon certaines études, sont plus nombreuses dans ces universités tandis que celles de la côte Est sont plus compétitives.
Finalement, en ce qui concerne les substances associées à l’Adderall dans les tweets, les auteurs ont constaté que les termes reliés à l’alcool et aux stimulants (tels que le café ou le Red Bull) étaient parmi les plus utilisés. Les effets secondaires les plus associés aux tweets portant sur l’Adderall étaient quant à eux l’insomnie et la perte d’appétit.
Les auteurs soulignent que l’utilisation du mot Adderall dans les tweets ne signifie toutefois pas que l’utilisateur de Twitter a consommé ce médicament. Cependant, la grande fréquence de tweets portant sur le sujet, la mention des associations à d’autres substances, ainsi que l’utilisation presque ludique que l’on retrouve du terme Adderall sur Twitter, qui fait l’objet de sarcasmes, blagues, ou chansons par exemple, pourraient contribuer à banaliser la consommation d’Adderral sans prescription, parfois avec d’autres substances, et à minimiser les effets secondaires et les risques associés à ces pratiques.
Il serait intéressant de réaliser une étude similaire concernant les tweets publiés au Québec ou ces pratiques sont également présentes dans les universités. [3]
Références:
[1] Hanson C.L., Burton, S.H., Giraud-Carrier, C., West, J.H., Barnes, M.D., & Hansen, B. (2013). Tweaking and Tweeting: Exploring Twitter for Nonmedical Use of a Psychostimulant Drug (Adderall) Among College Students. Journal of Medical Internet Research, 15(4), e62.
[2] Thoër, C., Robitaille, M. (2011). Utiliser des médicaments stimulants pour améliorer sa performance. Usages et discours de jeunes adultes québécois, Drogues santé et société, 10(2), p1-41.
http://drogues-sante-societe.ca/utiliser-des-medicaments-stimulants-pour-ameliorer-sa-performance-usages-et-discours-de-jeunes-adultes-quebecois/
[3] Ibid. http://drogues-sante-societe.ca/utiliser-des-medicaments-stimulants-pour-ameliorer-sa-performance-usages-et-discours-de-jeunes-adultes-quebecois/
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé