Dans les pays en voie de développement, de plus en plus d’organismes de santé publique et communautaire envisagent d’utiliser le téléphone portable pour communiquer avec les jeunes sur des questions de santé. En effet, l’utilisation du téléphone cellulaire est en forte progression dans ces pays, notamment en Afrique où la téléphonie mobile est moins chère et souvent plus fiable que les installations fixes. A l’inverse, l’accès à un ordinateur y est souvent plus limité. En Ouganda, où le pourcentage d’adultes utilisant le téléphone mobile est passé de 16% en 2002 à 80% en 2006, Mitchell et collègues[1] ont cherché à voir dans quelle mesure cet outil pouvait être efficace pour la prévention du VIH/SIDA auprès des adolescents. Dans ce pays, le taux de prévalence du VIH chez les individus âgés de 15 à 49 ans est estimé à 6,4%, les adolescents et les jeunes adultes étant plus particulièrement touchés.
L’étude réalisée de 2008 à 2009 auprès de 1503 élèves du secondaire de Mbarara, le 6e centre urbain en Ouganda, montre que 27% des jeunes de 12 à 17 ans interrogés possédaient un téléphone cellulaire, ce pourcentage augmentant avec l’âge. Au cours des 12 derniers mois, 19% des répondants avaient utilisé leur téléphone cellulaire pour envoyer un message texte visant à obtenir de l’information sur la santé ou la maladie, et ce, autant chez les filles que les garçons. Par comparaison, 30% des jeunes avaient utilisé leur téléphone portable pour s’informer sur les programmes à la télévision et 64 % pour obtenir des nouvelles sportives. Par ailleurs, 51% de tous les étudiants interrogés et 61% de ceux qui possédaient un téléphone cellulaire déclaraient qu’ils accèderaient par message texte à un programme de prévention du VIH s’il était disponible. Toutefois, les jeunes déclaraient aussi qu’ils préféraient que ce type d’information soit diffusé par les organisations religieuses (72%) ou les milieux scolaires (84%).
Cette étude témoigne du potentiel intéressant des programmes utilisant le cellulaire mais montre :
1) qu’ils ne permettent pas de rejoindre tous les jeunes,
2) qu’il est plus intéressant de jumeler ces initiatives à d’autres actions favorisant un contact interpersonnel.
De tels programmes ont d’ailleurs déjà été développés. En 2008, une organisation non gouvernementale ougandaise Text to Change a mis en place un programme visant à sensibiliser les jeunes à la question du VIH/sida et à les inciter à se faire dépister et traiter. Durant six semaines, 15 000 abonnés d’une des compagnies de téléphonie mobile ont reçu chaque semaine, par textos, des questions et des informations, avec un taux de réponse de 16% et une augmentation de 100% des demandes de dépistage dans les cliniques locales. Des initiatives à suivre et à évaluer.
Références
[1] Mitchell, K.J., Bull, S., Kiwanuka, J., Ybarra, M.L. (2011). Cell phone usage among adolescents in Uganda: acceptability for relaying health information, Health education research, 26(5). http://her.oxfordjournals.org/content/early/2011/05/02/her.cyr022.full
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé