Le service Google Health, qui permettait aux internautes américains de récupérer leurs données médicales auprès des établissements de soins et des pharmacies qu’ils fréquentaient, pour se créer un dossier médical personnalisé, sera fermé le 1er janvier prochain. Lancé en 2008, le service n’a pas séduit suffisamment d’internautes, le nombre de comptes ouverts n’ayant d’ailleurs jamais été publié [1].
L’idée bien qu’intéressante de regrouper les informations médicales propres à chaque patient, de lui en donner l’accès et de lui permettre de les partager avec ses médecins soignants a rencontré plusieurs obstacles. Tout d’abord, bien que l’application soit relativement conviviale, les données récupérées (des codes de diagnostic et de procédure) restaient largement impénétrables pour le commun des mortels et donc peu utiles pour aider les patients à mieux gérer leur santé. De plus, comme le soulignait Dave Debronkart, un fervent partisan du mouvement en faveur de la e-santé, ces données étaient souvent erronées. Elles s’appuyaient sur des codes utilisés pour la facturation, qui ne correspondent pas nécessairement à la procédure ou au diagnostic du patient. Il expliquait ainsi à la conférence Medicine2.0 que si les données qui entrent dans le système ne sont pas fiables, les résultats obtenus ne le seront pas non plus. Un grand nettoyage des bases des établissements de soins s’imposerait donc au départ.
À cela s’ajoutaient certains problèmes techniques comme l’absence de compatibilité entre les systèmes de gestion informatique des dossiers, ce qui limitait le nombre d’établissements partenaires.
Par ailleurs, les internautes étaient peut-être mal à l’aise de stocker des informations aussi sensibles en ligne via le moteur Google, redoutant que les données puissent être exploitées par d’autres acteurs. L’exemple de la communauté Patients Like me montre toutegois que la confidentialité des données n’est pas toujours un frein à leur partage, si le consommateur y trouve des avantages.
L’arrêt du service Google Health ne signe pas la mort du concept du dossier patient personnalisé. D’autres applications existent et se développent. Au Canada, Telus proposera bientôt son service de Dossier de santé personnel (DSP) grâce à l’achat d’une licence lui permettant d’exploiter la plateforme informatique Health Vault de Microsoft. Cette plateforme est déjà installée aux États-Unis auprès de certains établissements, dont une douzaine d’hôpitaux et le réseau des cliniques Mayo. Le service offert par Télus permettra aux patients et aux fournisseurs de santé de consulter et de partager, grâce à une connexion Internet, des renseignements médicaux numérisés provenant des laboratoires, des cabinets de radiologie et des établissements de santé. L’application présentée en mai dernier à la conférence e-health2011 serait bientôt offerte aux patients des cliniques qui utilisent les dossiers médicaux électroniques de KinLogix Medical et de HealthScreen.
En attendant, les patients ayant ouvert un compte sur Google Health ont un délai d’un an pour récupérer leurs données qui seront effacées le 1er janvier 2013.
Références :
[1].« Google health est mort, vive le DMP»
[2]. Les fonctionnalités offertes sur Google Health :
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé
