Des chercheurs[1] qui ont testé l’efficacité d’une intervention visant à améliorer le dépistage du cancer colorectal montrent que l’efficacité réelle des interventions en ligne de promotion de la santé et de prévention des maladies est limitée s’il n’y a pas de suivi actif d’intervenants.
L’objectif initial de l’étude était de comparer l’effet d’une intervention en ligne par rapport à la distribution de brochures sur la fréquence des tests de dépistage du cancer colorectal chez des femmes suivies en obstétrique et en gynécologie.
Âgées de plus de 50 ans, les participantes devaient ne pas être à risque élevé d’avoir un cancer colorectal, ne pas suivre les recommandations standards de dépistage de ce type de cancer et devaient pouvoir bénéficier d’un suivi médical dans les 6 semaines suivant leur recrutement. Les participantes étaient assignées à un groupe contrôle, à un groupe avec intervention papier, ou à un groupe avec intervention en ligne (N=130). Le contenu du dépliant et celui de la page Internet étaient similaires, avec, pour cette dernière, des liens actifs menant à des sites crédibles sur le cancer colorectal (American Cancer Society, National Cancer Institute, the Centers for Disease Control, The Journal of the American Medical Association’s Patient Page, Medline Plus, the Colon Cancer Alliance). Les chercheurs avaient fait l’hypothèse que les différences de format (aspect visuel et interactif) feraient du site Internet un média d’intervention plus attirant pour les participantes que le dépliant.
Parmi les 740 femmes recrutées pour l’étude, 391 ont complété l’étude jusqu’à la fin, soit jusqu’au sondage de suivi après 4 mois. Plus de 40% des participantes assignées à l’intervention en ligne ont rapporté avoir un diplôme universitaire et 33,9% d’entre elles possédant au plus un diplôme d’études secondaires. Les statistiques de fréquentation du site montrent que moins du quart des participantes se sont connectées sur le site Internet, 25% de ces dernières l’ayant visité à la suite à la prise de contact téléphonique visant à recueillir leur consentement. Par ailleurs, l’enquête réalisée met en évidence une incohérence entre les données auto-rapportées par les participantes quant à leur utilisation de la ressources Web et celles provenant des statistiques de fréquentation en ligne : près de 40% des participantes rapportaient avoir utilisé le site Internet, ce qui n’était pas le cas, et 20% de celles qui disaient ne pas l’avoir consulté s’y étaient connectées dans les faits.
Dans ce contexte, les auteurs s’interrogent à savoir si le manque d’efficacité de plusieurs interventions en ligne ne serait pas lié à un problème de fréquentation plutôt qu’à un problème au niveau du contenu de l’intervention. Un des facteurs pouvant expliquer la faible fréquentation des sites d’intervention est le manque de suivi actif des participants par les intervenants. Les auteurs conseillent donc d’être plus proactif et de promouvoir hors ligne les interventions développées en ligne (par exemple, activités de promotion sur les médias sociaux, envoi des lettres de rappel, suivi téléphonique). Des exemples de promotion efficace et bien reçue par les usagers ont été documentés sur Facebook[2]. Les auteurs insistent également sur l’importance de s’appuyer sur des outils statistiques de fréquentation en ligne pour mesurer la fréquentation réelle des sites d’intervention, les données auto-rapportées semblant beaucoup moins fiables. Plusieurs travaux sur les usages des ressources en ligne, montrent en effet que les individus ont de la difficulté à mémoriser leurs pratiques de navigation sur Internet. Cette étude confirme l’importance de concevoir de nouvelles façons d’évaluer les interventions en ligne.
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé