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Réalisé en ligne, le groupe focus produit-il des données différentes ?

Comme les entrevues individuelles, les groupes focus (ou entrevues collectives) peuvent désormais être réalisés via Internet. Quelles sont les spécificités de cette méthode de plus en plus utilisée en marketing et mobilisée depuis quelques années dans le cadre de recherches sur la santé? Comment se compare-t-elle avec le groupe focus conduit en face à face?

Tout d’abord, il est important de préciser que les groupes focus en ligne peuvent être menés de manière synchrone avec échange de texte uniquement (via des salles de clavardage sécurisées ou des applications spécifiques permettant au client ou au responsable de la recherche de dialoguer avec l’animateur pendant le déroulement du groupe focus sans que ces interventions soient visibles par les participants) ou avec image et son, en utilisant des logiciels de Web conférence de type Adobe Connect. La durée des groupes synchrones excède rarement une heure, la participation exigeant une concentration importante des participants.

Les groupes focus peuvent aussi être réalisés de manière asynchrone via des forums ou applications spécifiques également sécurisés. Ces groupes peuvent durer beaucoup plus longtemps, parfois plusieurs mois, les participants pouvant intervenir dans le forum à leur convenance. Les groupes de longue durée sont toutefois moins fréquents du fait de la difficulté à maintenir la participation active de tous.

Au-delà des avantages en termes de coûts (pas de déplacement, pas de retranscription) et au niveau de la diversité des participants (possibilité de rejoindre des individus éloignés géographiquement), les groupes focus en ligne présentent plusieurs spécificités. Nous présentons ci-dessous, certaines d’entre elles, qui concernent plus spécifiquement les groupes avec échange de texte seulement, ceux-ci ayant été plus largement documentés.

Niveau de participation

L’une des grandes différences des groupes focus en ligne est que la participation est beaucoup plus également répartie. On assiste moins souvent à la mobilisation de la parole par quelques personnes. L’anonymat que procure l’absence de données visuelles et l’écrit semblent faciliter l’intervention de tous. Chaque participant, notamment dans les groupes asynchrones, peut en effet intervenir à son rythme et prendre le temps de lire les réponses des autres et de rédiger son message (Guillemette et al., 2011)

Développement des réponses

Concernant la nature plus ou moins développée des réponses, on trouve deux points de vue dans la littérature. Schneider et al. (2002) rapportent que les réponses des participants sont souvent plus courtes. D’autres vont au contraire souligner que les participants produisent des réponses plus développées, plus réfléchies, l’écrit permettant une expression plus précise de la pensée (voir par exemple, Guillemette et al. (2011). Des études ont notamment montré que les groupes focus en ligne permettraient aux participants de s’exprimer plus librement sur des données sensibles ou personnelles, comme  la sexualité par exemple. Dans leur étude sur l’exposition aux contenus à caractère sexuel sur Internet, Cameron et al. (2005) offraient aussi aux participants la possibilité, de n’adresser leur réponse qu’à l’animateur, quand ils le désiraient.

Déroulement des échanges

Une autre grande spécificité des entrevues en ligne, qu’elles soient synchrones ou asynchrones est que les échanges se déroulent souvent en parallèle, voire même s’entrecoupent. Un participant peut en effet intervenir concernant une idée émise plus tôt dans la discussion. Un autre peut multiplier ses interventions sans attendre de réponse (Guillemette et al. , 2011). C’est un avantage (la possibilité pour tous d’intervenir sur un thème) et un inconvénient (on ne sait pas toujours qui répond à qui).

L’animation

Pour l’animateur, la complexité des interactions, notamment le déroulement de plusieurs conversations en parallèle, est un défi. Le bon déroulement du groupe exige donc une bonne maîtrise des techniques d’animation (similaires à celles utilisées dans les groupes en présence) et de la technologie, quelle que soit la plateforme utilisée, pour ne pas perdre de temps. Le fait que les échanges soient écrits permet toutefois de garder une trace des idées émises par les différents participants et d’y revenir pour les approfondir ou pour relancer une personne qui ne s’est pas prononcée sur une question donnée.

Maîtrise du clavier et de l’écrit

Un autre point rarement souligné dans les études concerne la maîtrise de l’écrit. Si tous peuvent s’exprimer, ceux qui ont plus de facilité à l’écrit et plus de rapidité sur le clavier sont largement favorisés, notamment dans les groupes synchrones. Il est donc important de tenir compte de ces dimensions pour organiser des groupes homogènes.

Pour conclure, il s’agit d’une méthode intéressante, qui semble adaptée à la recherche en santé et peut produire des échanges très riches. Elle présente aussi beaucoup d’avantages pour la recherche sur les usages d’Internet du fait de la proximité avec le contexte à l’étude.

Références

https://www.zotero.org/groups/internet_et_sant/items/collection/T33NA3U6

 

 

 

À propos Christine Thoër

Christine Thoër est professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Centre de recherche sur la communication et la santé (ComSanté). Elle travaille sur les usages d’Internet par la population et les soignants, les transformations de la communication soignant-soigné et les interventions en ligne de prévention/promotion de la santé.

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