La socialisation pourrait être une avenue à explorer dans le but d’augmenter l’engagement et l’adhérence des internautes à des interventions de promotion de la santé en ligne. En effet, dans leur étude auprès de 84 828 membres d’une intervention sur Facebook, Poirier et Cobb (2012)[1] ont remarqué que les liens qu’entretiennent les usagers les uns avec les autres pourraient avoir une influence sur leur engagement au programme, et par ricochet sur les avantages qu’ils retirent d’une intervention de promotion des saines habitudes de vie en ligne.
L’objectif du programme Daily Challenge[2] était d’aider les individus à améliorer leur bien-être par le biais de petits changements dans leurs habitudes de vie au quotidien. Pour ce faire, les participants recevaient tous les jours (par courriel ou via Facebook, au choix du participant) un petit défi à réaliser (par exemple, prendre les escaliers au travail, ou surveiller la quantité de sel présente dans son repas), et pouvaient rapporter avoir réussi leur défi en cliquant sur un bouton de la page. Ils pouvaient également partager (avec les membres de la communauté locale de Daily Challenge ou avec leur propre réseau) la façon dont ils s’y étaient pris pour y arriver. Les participants inscrits à Daily Challenge pouvaient créer des liens avec d’autres membres, créant ainsi un réseau social à même l’intervention. Les actions des participants (visite du site, formation d’une nouvelle « amitié », essai d’un nouvel outil, ou rapport de réussite du défi) étaient visibles pour les membres de leur réseau.
Les résultats de l’étude montrent que les participants ayant tissé des liens avec d’autres participants (même une seule personne) étaient plus engagés dans l’intervention. En effet, ils ouvraient plus de courriels, allaient plus souvent sur le site Internet de l’intervention et rapportaient plus souvent avoir réussi le défi que ceux qui n’avaient aucun lien social sur Daily Challenge. L’effet de socialisation était plus important chez les participants ayant un plus grand réseau, mais le bénéfice retiré ne semblait pas supérieur pour les personnes ayant plus de 12 liens sociaux dans le programme.
Cette intervention souligne l’importance d’offrir la possibilité aux participants de tisser des liens sociaux dans le cadre d’interventions en ligne visant la promotion des saines habitudes de vie, et sans doute dans d’autres domaines. Il serait important de mieux cerner les mécanismes de cette influence positive sur les changements de comportement. Il est probable que les interrelations avec d’autres usagers soient un moyen d’obtenir du soutien, contribuent à la construction et la diffusion de normes sociales (comportements attendus et sanctionnés) et soient l’occasion de trouver des modèles qui peuvent être inspirants pour les participants. Au Québec, dans le cadre du défi 5/30 et de la campagne J’Arrête j’y gagne, des communautés en ligne ont été développées sur Facebook pour offrir ce type d’encadrement.
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé