Après avoir tenté de cerner ce qui se dit dans les forums ou les babillards au sein desquels les usagers échangent sur leurs problématiques de santé et les traitements associés, plusieurs chercheurs se sont intéressés aux formes que peuvent prendre ces interactions, aux règles organisant les échanges et aux profils des participants.
Modes de contribution
Certaines études identifient les types de contribution des participants (question, demande d’explication, témoignage, conseil, information pratique, marque d’encouragement ou de soutien, interpellation, etc.) et les quantifient. Les auteurs soulignent toutefois la difficulté de créer des catégories exclusives et produisent d’ailleurs des catégorisations assez différentes. L’attention porte également sur la dynamique des échanges et le repérage des débats, conflits et consensus (De Pierrepont, 2010 ; Clavier et al., 2010 ; Akrich et Meadel, 2009 ; Bruchez et al., 2009 ; Maloney-Krichmar et Preece, 2002). Ce type d’analyse est parfois croisé avec les analyses du contenu des échanges dans le but d’identifier, par exemple, les thèmes qui font l’objet du plus grand nombre de questions, ceux qui sont au centre des débats, etc.
L’inégale distribution de la parole
Autre constat, les forums ne sont pas des espaces d’échange égalitaires, plusieurs études montrant ainsi que certains usagers occupent une place plus importante. Dans leurs travaux s’appuyant sur une analyse de plusieurs listes de discussion et forums relatifs à la santé, Akrich et Meadel (2009) soulignent que 10% des locuteurs sont responsables de 50 à 70% des messages. Dans une autre étude réalisée sur des forums du site Doctissimo, Clavier et al. (2010) montrent que 8% des usagers publient plus de 40% des messages, alors que 41% en produisent moins de 5%.
Le statut des usagers et la distribution des rôles a également fait l’objet de plusieurs analyses qui soulignent l’importance de distinguer les statuts attribués de manière automatique par le forum (souvent en fonction du nombre de messages publiés comme c’est le cas, par exemple, sur Doctissimo) et les rôles que jouent dans les faits, les usagers. Ceux qui se démarquent sont identifiés à l’aide de plusieurs caractéristiques : ancienneté dans le forum, nombre de messages envoyés, connaissance de la problématique de santé discutée, fiabilité des informations fournies, types de contribution (lancement d’un nouveau sujet ou d’un nouveau fil, participation à des discussions collectives, encouragements, etc.), maîtrise des rituels sociaux propres au forum, modes d’interaction privilégiés. Sur cette base, il est possible d’identifier différents profils de contributeurs et de repérer certains usagers plus expérimentés, d’autres qui assument un rôle de support social, d’autres qui sont plutôt des agitateurs, etc…(Akrich et Meadel, 2009 ; Bruchez et al., 2009,; Maloney-Krichmar et Preece, 2002).
Les règles régissant les échanges
Bien qu’elles ne soient pas toujours explicites, des règles encadrant les contributions caractérisent les forums. En témoignent les rappels à l’ordre aux participants qui dérogent à ces normes de publication par leurs questions hors sujet ou celles ayant déjà fait l’objet de plusieurs réponses, ou encore, leur utilisation d’un discours trop agressif. Certaines études ont par ailleurs observé la récurrence de certains rites d’interaction (présentation de soi, signature, façon de poser sa question, remerciements) et mettent aussi en évidence l’existence d’un langage commun sur les forums (recours à des abréviations, vocabulaire spécialisé, etc.) (De Pierrepont, 2009b).
Liens forts ou liens faibles ?
Un autre questionnement qui anime les recherches sur les interactions dans les forums est de cerner la nature du lien entre les usagers. L’idée consiste à voir dans quelle mesure les forums s’apparentent ou non à de véritables communautés virtuelles. De Pierrepont (2009b) qui utilise les différents critères (thématique, conversationnel et organisationnel), proposés par Marcoccia (2002) pour définir ce qui constitue une communauté, montre que ceux-ci s’appliquent assez bien au forum Doctissimo sur le post-partum qu’elle étudie. Toutefois, la force des liens qui unissent les participants mériterait d’être plus documentée car on peut se demander si l’existence de liens forts caractérise véritablement tous les espaces d’échange.
Il serait également intéressant de mieux cerner les caractéristiques des usagers des forums et de comprendre ce que leur apporte la participation dans ces espaces, tant sur le plan relationnel que des connaissances. Comment vivent-ils leur appartenance à ces communautés ?
Si ces questions vous intéressent, participez à notre école d’été sur les méthodes de recherche en ligne dans le domaine de la santé . Celle-ci sera, entre autres, l’occasion de discuter des enjeux et défis que pose l’étude des forums sur Internet.
Références
Akrich, M. et C. Meadel. (2009). «Les échanges entre patients sur l’Internet», La Presse médicale, 38, p. 1484-1490.
Bruchez, C., M. del Rio Carral et M. Santiago-Delefosse. (2009). « Co-construction des savoirs autour des contraceptifs dans les forums de discussion Internet ». In C. Thoër et al. (dir.), Médias, médicaments et espace public. Québec, Presses de l’Université du Québec, p. 245-271.
Clavier, V., M.C. Paganelli, M.C. Manes-Gallo, E. Mounier, H. Romeyer et A. Staiij. (2010). «Dynamiques interactionnelles et rapport à l’information dans les forums de discussion médicale». In F. Millerand, S. Proulx et J. Rueff, Web social. Mutation de la communication, Presses de l’Université du Québec, p. 297-312.
De Pierrepont, C. (2010b). Post-partum et sexualité : Ethnographie virtuelle exploratoire de fora de discussion, mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en sexologie, UQAM.
Maloney-Krichmar, D. et J. Preece. (2002). «The meaning of an online health community in the lives of its members: roles, relationships and group dynamics», Technology and society, p. 20-27.
ComSanté Centre de recherche sur la communication et la santé